Passagères de notre intérieur, de notre être, elles vont et viennent au gré des évènements de notre vie. Habituelles, elles viennent nous rassurer. Ou nous maintenir dans un état d’être. Dans une prison parfois. Violentes, elles viennent nous ébranler, nous mettre à mal. Désagréables, elles viennent nous interroger. Récurrentes, elles viennent raviver un sentiment ou un évènement enfoui, non guéri. Agréables, elles nous font du bien.
Messagères, les émotions viennent nous parler.
Elles peuvent prendre la forme d’un doux murmure; elles viennent alors délivrer leur message avec bienveillance. Non entendues, elles se font de plus en plus insistantes jusqu’à parfois déclencher une forte tempête. Assaillis, nous avons du mal à garder le cap, à rester sur le navire. Un rien peut nous faire basculer, tomber. Non entendues et non accueillies, elles déclenchent un tsunami émotionnel qui vient nous emporter, nous engloutir. Nous sombrons, aspirés par leur violence, incapables de faire face.
Les émotions viennent nous heurter, nous percuter, nous fracasser. Comment lutter ? Comment les apprivoiser ? Comment les entendre ?
Elles nous traversent au cours de la journée, au cours de la nuit, au cours de notre vie. Elles sont la preuve que nous sommes vivants, des êtres animés. Elles sont la meilleure des compagnies ou alors la pire. Elles sont la lumière ou l’ombre qui nous collent à la peau.
Fugaces ou bien tenaces, elles prennent diverses formes. Certaines de manière plus tranchée, plus nette que d’autres.La peur, la joie, la colère, la tristesse, l’espérance, le chagrin, la lassitude, l’euphorie viennent nous habiter à tour de rôle. Certaines sont plus secrètes, plus subtiles. Il est parfois difficile de les décrypter. Elles peuvent alors faire échos à une émotion ancienne, refoulée. L’émotion nous est familière, sans savoir à quoi elle nous renvoie exactement. Il est alors plus complexe de l’accueillir et d’entendre le message qu’elle a à nous délivrer.
Les émotions nous parlent. Elles sont notre boussole intérieure.
Pour ma part, je me qualifierai d’hyper émotive. Je suis une éponge : j’absorbe tout ce qui m’entoure, les émotions dégagées des personnes que je côtoie ou rencontre. Je me retrouve vite débordée, impossible pour moi de traiter ces données. J’étouffe,je suffoque. Il m’est alors très difficile de me défaire d’elles. Et très vite, je suis dépassée, dans l’incapacité de gérer toutes ces ressentis. Je déborde. les larmes viennent, je me débats avec toutes ces sensations, essayant de faire le tri entre celles qui m’appartiennent et celles qui me sont extérieures. Des fois j’y arrive. Des fois pas. Et je me retrouve assiégée, où un rien me fait basculer. Il me faut alors les accueillir. Même si je ne les connais pas ou ne les comprends pas. Je dois ensuite les accepter. Je suis toujours tentée de les qualifier, de mettre des mots sur ces maux. A tort parfois. De vouloir leur donner un sens, on peut s’égarer. En les interprétant de manière erronée, on ne les traite pas sur le long terme. Rassuré, notre cerveau croit avoir fait face. Mais ce n’est qu’éphémère. Les émotions s’atténuent un temps pour revenir plus intenses. Le message n’ayant pas été compris ni intégré, elles se rappellent à notre bon souvenir ! Et la seconde vague peut être encore plus violente. Je ne prétends pas avoir de solution miracle. Mais je crois pouvoir dire que l’émotion doit être entendue, accueillie dans un premier temps. Vient ensuite le temps de la compréhension de ce qu’elle a à nous dire. Parfois, le simple fait d’avoir accepté de la (re)vivre la fait s’atténuer, disparaître. Parfois, le fait de l’avoir acceptée et identifiée nous permet de résoudre le problème qu’elle vient nous révéler. L’émotion ayant joué son rôle de passeuse, elle ne reviendra pas. Parfois, on l’accepte et on l’accueille mais on peine à la comprendre. L’émotion va alors aller et venir, par phases, jusqu’à ce que l’on mette le doigt, par un chemin détourné ou de manière consciente, sur l’évènement ou l’information auquel, à laquelle, elle fait référence. Il arrive qu’une émotion persiste, nous habite en permanence sur une longue période. Un long travail d’introspection et d’interrogation doit alors s’amorcer. Ou alors, sans savoir pourquoi, elle disparaît comme elle est venue, notre inconscient ayant fait son travail sans que nous en ayons conscience.
Avec le temps, je commence à accepter mon mode de fonctionnement. Ce n’est pas facile, surtout pour mon entourage proche. « Qu’est ce qui arrive encore à Agnès ? » Même moi je ne sais pas toujours. Il est courant que je me sente coupable de mon mode de fonctionnement, d’être fatiguée de toutes ces sensations qui me traversent en permanence. Mon histoire de vie explique en partie cette propension à prendre et à garder les émotions d’autrui et après à me trouver envahie par elles. Mais j’apprends à ne plus m’excuser sans cesse d’être comme je suis. Et ça, c’est un pas énorme ! J’ai longtemps vécu dans mon ombre. A me cacher de moi-même. A ne plus vouloir être comme je suis. De combattre les émotions, cela ne donne aucun résultat. J’apprends à gérer cet état. Les promenades en forêt m’apaisent; le sport me permet de canaliser et d’évacuer le surplus. L’écriture me permet également de sortir de moi une partie de ces invitées.
Les émotions ont un rôle primordial : ce sont elles qui nous font vibrer, qui nous animent. On n’en veut pas toujours. Et pourtant. Elles sont la voix de notre inconscient, la voie de notre être. Avec elles on apprend sur nous; on apprend à reconnaître des blessures qui remontent à notre enfance et qui, en se manifestant dans notre présent, nous apprennent à aller regarder ce qui n’est pas guéri en nous et nous appellent à amener de l’amour à cette partie de nous qui a souffert. Pour mieux nous connaître. Pour chaque jour tendre vers un équilibre intérieur. Pour nous réconcilier avec nous-mêmes. Pour avoir pleinement conscience que nous sommes en vie. En cela, elles sont un cadeau inestimable.
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