La petite fille et son arrivée dans le monde.

Ce soir-là à la maternité de Besançon, une maman, récemment éprouvée par la vie et son impermanence, tentait de donner naissance à sa petite fille, la dernière d’une fratrie de cinq enfants.

Cette femme de 36 ans était à bout de force après les trois derniers mois qu’elle venait d’endurer. Et pourtant, elle se retrouvait à devoir donner naissance à une petite fille alors qu’une autre s’en était allée.

Comment donner la vie alors qu’elle savait qu’elle pouvait être reprise en un battement de cil ?

Comment accueillir cette petite fille qui était très attendue, mais qui en même temps allait lui rappeler qu’une autre serait absente à jamais ? Comment l’aimer sans la surprotéger ? Comment l’aimer, elle, sans la mélanger à celle partie trop tôt ?

Avant sa venue, elle et son époux avaient quatre enfants : trois garçons et une fille. Après son arrivée, les choses seraient pareilles : trois garçons et une fille. Il y avait dans cette donnée quelque chose d’extrêmement douloureux, d’inacceptable. Le nombre de leurs enfants allait rester inchangé, rappelant sans cesse l’absence de celle partie trop tôt. Comme si, au vu de cette donnée purement mathématique, rien ne s’était passé. Alors qu’au fond de son être, tout s’était déchiré.

« Allez Madame, il faut encore faire un effort ! Allez-y, poussez !! Bon…Le bébé ne veut pas sortir ; il va falloir qu’on vous appuie fort sur le ventre pour l’aider à sortir…Voilà, votre petite fille arrive, vous allez bientôt pouvoir la rencontrer ».

Avait-elle vraiment envie de la rencontrer ? Allait-elle être capable de l’aimer ? Allait-elle avoir le courage et les ressources nécessaires pour s’en occuper correctement, en plus de ses trois frères ? Les choses n’auraient pas dû se passer ainsi. Toute la famille aurait dû être au complet pour accueillir ce nouveau membre. Et cette petite fille n’aurait pas dû débarquer au sein d’une famille et d’une maison encore endeuillées … Non, les choses n’auraient pas dû se dérouler ainsi. Mais avait-elle d’autre choix que celui de vivre les choses comme elles étaient ?

Lorsque la sage-femme lui déposa son bébé au sein de ses bras, toute une myriade d’émotions s’entremêlaient : de la joie, de la tristesse, de l’appréhension,du soulagement,de l’épuisement aussi. Et pour toujours et à jamais, ce sentiment qu’une partie d’elle-même était morte. Mais malgré tout cela, malgré ce trop-plein de sentiments contradictoires, la jeune femme devenue Maman pour la cinquième fois, sut faire don de sa personne pour accueillir ce nouvel être et faire son maximum pour veiller sur lui.

« Bienvenue, Emma ! Tu sais que ton papa, tes frères et moi t’attendions avec impatience ! Et je suis sûre que de là-haut, ta sœur aussi se réjouit aussi de ton arrivée ».

Agnès Écrit par :

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