Trouble Je.

Comment savoir qui l’on est vraiment ? 

Est-ce que masquer une partie de soi fait que l’on s’éloigne de qui l’on est ?

Est-ce que ne plus vouloir de quelque chose qui nous habite est-ce tricher et se détourner de qui l’on est ?

Depuis presque toujours, je suis remplie d’angoisses. Elles sont comme une seconde peau. Elles font partie de moi. Elles sont une part de moi, une partie de mon histoire. Avec le temps, je crois avoir déterminé d’où elles venaient.

Lorsque j’étais au creux de ma mère, dans son ventre, un drame est venu toucher ma famille et bousculer la vie de mes parents et de mes frères. Je n’étais pas là, à l’extérieur, pour vivre ce drame au même titre que les membres de ma famille, mais j’étais là, à l’intérieur de ma maman pour le vivre d’une autre manière. Et je suis la seule à l’avoir vécu à travers les émotions et les ressentis de celle qui me portait en son sein.

Pas de mots pour comprendre ce qu’il se passait. Une vague de chagrin, de douleurs et d’incompréhensions. Un déferlement de tristesse, de larmes et de vide. Un choc émotionnel dans un endroit qui se devait d’être sécurisé, le ventre de ma maman. Et moi, à l’intérieur, coupé des autres et seule à ressentir et absorber les émotions et la sidération de ma maman. 

Ce choc fait partie intégrante de qui je suis. La douleur, la peine, la mort et le deuil sont venus me forger. Je suis née en portant cela en moi.

Aussi, depuis ma naissance, j’ai presque toujours ressenti des angoisses de manière inexplicable au regard du monde extérieur. Mais elles étaient là, m’accompagnant quotidiennement. Un rien les faisait prendre une importance et une place démesurées dans mon existence. 

A fleur de peau, j’étais très vite déstabilisée par mon jardin intérieur. Le soleil pouvait être balayé d’un coup, par un petit rien, pour laisser la place à la pluie et au noir.

Autant que je m’en souvienne, j’ai lutté contre ces angoisses, contre ce mal-être. Mais rien n’y faisait. Je m’épuisais. Je pleurais fréquemment, me sentais fébrile et tout était revêtu d’un voile gris et ombrageux.

Il y a bientôt un an, après une période où chaque jour je m’enfonçais et cherchais ma respiration, luttant contre mes démons, j’ai décidé de débuter un traitement anti-dépresseur, axé sur l’état anxieux généralisé. Petit à petit, mes angoisses se sont estompées, se sont tues, pour laisser la place à un équilibre et à un mieux être intérieurs. Mon jardin intérieur pouvait enfin connaître des jours de soleil de manière continue. Quel soulagement !!

Je pouvais à nouveau vivre et non survivre. Je pouvais profiter de chaque journée sans la redouter. Je pouvais respirer sans craindre de me noyer.

Il y a deux semaines, je me sentais prête à diminuer mon anti-dépresseur après 9 mois de traitement. Il y a une semaine, je l’ai diminué. Très vite, des angoisses sont revenues pour faire place à des larmes et à un profond mal-être. Ce matin, j’ai choisi de reprendre mon traitement initial, de peur de sombrer à nouveau et de devoir, une nouvelle fois, remonter une pente trop conséquente.

En effaçant ces angoisses, je masque une part de moi, de mon histoire. Je choisis mon équilibre émotionnel et mental. Mais en faisant cette démarche, ne viens-je pas me détourner de qui je suis intrinsèquement ? 

Trouble Je. 

Suis-je réellement moi en gommant ces émotions ? Ou bien suis-je vraiment moi débarrassée de ce poids dont j’ai hérité ?

Je me fustige de ne pas être assez forte de les braver sans une aide médicamenteuse. Et je m’interroge. Est-ce se détourner de soi que de ne plus vouloir ressentir des émotions angoissantes et de tristesse ? Est-ce se mentir que d’être bien en mettant de côté cette part de nous qui nous ronge ?

J’ai par ailleurs une autre pathologie pour laquelle je prends également un traitement. Une maladie auto-immune. Mon corps s’attaque et se fait du mal. Cela vient faire écho à mon psychisme, à ces angoisses qui m’imprègnent. Pour ce traitement physiologique et physique, je ne me pose pas de questions, je le prends pour contrer les symptômes physiques et pour un mieux être.

Alors pourquoi le traitement qui touche à ma santé mentale et à mon équilibre émotionnel vient-il autant me questionner ? Le poids de la société ? Mes croyances limitantes ?

Aujourd’hui, je prends conscience que je suis fragile. Je prends conscience que je ne veux plus vivre avec cette boule nichée en mon creux, que je ne veux plus passer à côté de ma vie car je suis rongée de l’intérieur. Je veux pouvoir penser à demain libre de mes angoisses. Libérée de ce poids qui me restreint. 

Aujourd’hui, je souhaite entamer une nouvelle démarche vis-à-vis de moi. Ne plus culpabiliser de vouloir me sentir bien, de vouloir mettre de côté de part une moi pour y arriver.

Et j’espère, un jour, me sentir pleinement moi en dépit du comment.

Agnès Écrit par :

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *