Cet après-midi-là, la petite fille qui voulait être un garçon, s’entraînait à jouer au basket et à mettre des paniers, dans l’espoir d’attirer l’attention de Matthieu et Nicolas. Combien d’heures avait-elle passé à jouer au basket, à monter dans les arbres, à jouer aux GI-JOE, et à s’entraîner à Street Fighter II (sur l’Amstrad familial) en attente que ses frères lui proposent de jouer avec elle ?… Cela arrivait de temps en temps qu’elle fasse des matches de basket avec eux, sur l’allée en goudron de la maison. Un panier de basket avait été installé sur le mur au-dessus de la porte du garage. Le défi principal était de ne pas lancer trop fort le ballon pour ne pas qu’il aille saccager les plantes et les fleurs des parterres aux abords du terrain de jeu. Et combien de fois ce dernier était allé s’échouer sur une plante !! Le défi était alors d’essayer de redresser la pauvre plante afin que leurs parents ne voient rien. Ça passait ou ça cassait… Mais jamais ils ne s’étaient faits vraiment disputer.
La petite fille avait à cœur d’être considérée comme une égale par ses frères. Elle voulait montrer qu’elle était capable de faire des trucs de « garçons ». Elle s’efforçait de gommer les particularités liées à son sexe. Jusqu’à son entrée en Sixième, elle aimait s’habiller comme un garçon. Elle favorisait la compagnie des garçons à celles des filles. Elle avait des amies filles, bien sûr. Mais elle aimait passer du temps avec ses copains à jouer au foot ou aux billes, à lire des BD et à en parler avec eux. Être une fille lui semblait être un handicap au sein cette fratrie de trois garçons. Elle voulait être acceptée et intégrée par ces derniers.
Toute son ambivalence était là : elle était la « petite dernière » et la seule fille et elle avait le sentiment d’être mise de côté par ses frères pour ce double statut, auquel elle n’y pouvait rien, et qu’elle s’efforçait de combattre.
Emma souffrait de jouer seule alors qu’elle entendait rire ses frères dans la maison. Elle souhaitait attirer l’attention de ses frères sans pour autant les déranger. Être vue sans déranger. La petite fille espiègle allait, sans s’en apercevoir, accentuer cette contradiction jusqu’à ce que le « ne pas déranger » l’emporte, et vienne teinter de manière insidieuse son parcours de vie.
Cet après-midi-là, la petite fille avait réussi à mettre pas mal de paniers, dont des à Trois points, mais aucun de ses frères n’avait été là pour la voir ou l’encourager.
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